ISLA – bilan – étape – juillet 2008

Institut Supérieur de Logistique

d’Algérie


1 – Genèse du projet avec chronologie des étapes
- les grandes étapes
- les objectifs du projet
- l’inscription du projet dans la réalité algérienne :
- pour l’organisation des secteurs (agricole, industriels (dont agro-industriels)
- pour la constitution de chaines logistiques internationales

- outil de facilitation d’autres projets d’investissements Nord/Sud

2 – un projet au cœur d’une démarche de co-développement.

- Perspective d’organisation de l’Institut en Algérie (déclinaison des formations envisagées avec géographie des formations)
- l’Institut au cœur d’une dynamique de transferts de savoir, de techniques et d’outils de traçage.
- Un Institut porté par une association algéro-française de professionnels

1 – la genèse du Projet

Ils s’inscrivent comme une étape décisive d’ancrage relationnel et de construction entre professionnels du Sud de la France (Languedoc Roussillon) et professionnels d’Algérie :

· Décembre 2002 Montpellier : Monsieur Houari Attar, délégué général de la Société de Développement Commercial et Industriel de la Méditerranée présente le projet de Pont Logistique à la Direction Régionale de l’Equipement, devant une quarantaine de chefs d’entreprise de la région Languedoc Roussillon. Un club «Algérie» est créé à Montpellier.
· Décembre 2003, Montpellier et Sète : un salon des productions algériennes est organisé. Le projet de Pont Logistique de la SDCIM est présenté devant les représentants du Ministère français des Transports, le club des exportateurs du Languedoc Roussillon et le représentant du Comité des Armateurs de France.
· Mars 2004, Oran : Monsieur le Président de la République Algérienne inaugure la zone d’activité d’El Kerma, proche d’Oran, portée par la SDCIM
· Juin-Aout 2004 : une étude de marché est lancée par plusieurs transporteurs de la région Languedoc Roussillon, concernant les produits algériens (de la terre et de la mer).
· Septembre 2004, Oranie : une vingtaine de chefs d’entreprise visite pêcheries et usines sur une dizaine de localités.
· Octobre 2004, Perpignan : M. Attar (SDCIM) et Mme Rech (D.R. de l’Equipement) présentent un projet d’intégration logistique, à la Faculté, dans une intervention sur la gestion du froid. Des contacts sont noués avec Saint Charles International (Zone logistique froid)
· Février 2005, Oran : une société algérienne Logistique, Affrètement et Transports d’Algérie, LATAL, est créée. En juin, un test «grandeur nature»,, réalise le passage de 40 t. de melons entre la ville de Abdelmalek Ramdhane et Perpignan, sans rupture de la chaîne du froid et sans rupture de charge, en 36 heures.
· Juillet 2005, à Montpellier : un séminaire est organisé par la DRE-LR sur «exportation et logistique internationale»o ù une quinzaine de chefs d’entreprise algériens et une vingtaine de français travaillent «en vis à vis» et visitent des usines de conditionnement et de gestion du froid. La Mission Economique de l’Ambassade de France en Algérie est présente.
· Novembre 2005, Alger et Oran.: organisation du séminaire en retour en Algérie où environ 70 professionnels algériens sont présents (producteurs, pêcheurs, viticulteurs).
· Juin 2006, Perpignan : Latal-France est créée pour structurer la logistique sur les deux rives de la Méditerranée.
· Octobre 2006, Paris: séminaire Ubi-France où Mme Rech présente, pour la 1ère fois, l’esquisse d’un projet de formation logistique
· 11-22 Novembre 2006, Alger : au salon du transport et de la logistique, pendant le colloque «création de la valeur en Méditerranée», le projet de l’Institut Supérieur de Logistique est présenté comme une des réponses à la rémunération de la Plus Value, en Algérie même. Le projet est présenté, ensuite, à l’Ecole de Polytechnique d’Alger qui peut être partenaire.
· 11-12 janvier 2007, Montpellier : journées de travail entre professionnels algériens et français où le projet d’ISLA est présenté devant les partenaires.
· 27-30 juin 2007, Alger-El Oued : présentation de plusieurs projets à Ministères (MIPI, Agriculture et Pêche) d’investisseurs français ainsi qu’à la Mission Economique + réunions de travail avec producteurs sur El Oued et Oranie.
· 23 Septembre 2007, Alger : présentation d’ISLA aux responsables de la Mission, de l’AFD et au comité de filière Agro-alimentaire (où siègent plusieurs ministères algériens et des professionnels. Est également présenté la trame de l’étude de faisabilité, le cahier des charges et le budget.
· 24 octobre 2007, Oran : Monsieur Hervé Novelli, ministre français des PME, accompagné d’une délégation, dont 1 élu de la région Languedoc, parle du projet ISLA et le soutient comme un outil de coopération,
· 4 décembre 2007, Alger : Monsieur Sarkozy, Président de la République Française, devant le Forum des chefs d’entreprise et en conférence de presse, évoque également son soutien à ISLA, projet technique de coopération.
· Janvier 2008 Montpellier : création d’une association professionnelle mixte : 50% d’algériens et 50% de français (8/01/2008) pour assurer le portage du dossier ISLA.
· Février 2008 Montpellier : présentation de cette association professionnelle devant une centaine de professionnels (dont plusieurs sociétés algéro-françaises) et ne présence de M. Hamiani, président du Forum des Chefs d’entreprise algérien. Sont décidées plusieurs actions et l’ouverture de comptes bancaires en France et en Algérie
· 11 juin 2008, Alger : réunion de travail entre L’Association (APAF), l’Agence Française de Développement et la Mission Economique pour baliser les démarches de financement de la faisabilité.

Cette chronologie marque les réunions de travail où les professionnels, de part et d’autre, ont évoqué les problèmes des récoltes, des expéditions de produits, de la gestion du froid, bref, de l’analyse des besoins. Ces réunions de travail représentent une analyse «in vivo» des besoins algériens, en matière de logistique et les réponses possibles, au contact des professionnels français qui ont fait, depuis peu, le saut qualitatif de la logistique. C’est sur cette dynamique d’échanges d’expériences et d’analyses que s’est enraciné le projet, dans une perspective de réalisation, entre professionnels.

1– les enjeux de la logistique, en Algérie

1-1 Le constat

Les produits achetés par les importateurs européens en vrac, bruts ou peu conditionnés, sont acquis à des coûts faibles. La plus value est réalisée et rémunérée dans l’espace où se fait le conditionnement. Aujourd’hui encore, beaucoup de produits algériens sont expédiés par containers, non réfrigérés et ils sont conditionnés en Europe (en France ou en Espagne pour la plupart). Revendus sur l’espace européen, ils sont également, pour beaucoup, ré-étiquettés avec une mention «produit d’importation», sans mention de provenance, avec une plus-value de 50 voire 100 %. Cette situation s’explique, pour l’essentiel, parce que l’organisation générale du transport en Algérie est dominée par le transport «entrant ». Les importations se font essentiellement par containers et le retour des containers vers l’Europe est déjà payé par les consommateurs algériens. S’ils sont vides, leur retour ne représente pas de coût supplémentaire. S’ils sont pleins de produits algériens, le faible cout de ce transport augmente d’autant la plus value réalisée.

Un exemple emblématique est donné par les dattes transportées en vrac dans des conteneurs classiques, avec un transit time d’environ 15 jours. Ce transport «vrac», à température ambiante, explique qu’une partie des dattes, détériorées, soit dirigée vers une transformation en pâte de datte tandis qu’une autre partie est re-conditionnée. Ce conditionnement dans la zone de consommation et non dans le pays de production donne au produit une plus-value qui échappe à l’Algérie. Autre exemples : les melons d’Adrar arrivant à Cavaillon et repartant vers les USA, avec une étiquette « produit de France » ou les poissons pêchés dans les eaux algériennes et ré-exportés vers l’Europe, à partir de l’Espagne.

La raison essentielle qui explique que la plus value des productions soit rémunérée dans le pays d’achat et non dans le pays de production c’est qu’en Algérie, les producteurs, les transporteurs et les exportateurs sont peu organisés ou à l’état embryonnaire et qu’ils ne maîtrisent pas – encore- la logistique. La domination du conteneur comme référence-clé du transport par mer ne s’explique pas seulement parce que les boîtes sont maniables…

1-2 : Les atouts

Aujourd’hui, les échanges mondialisés ont fait des ports une ressource importante pour les pays qui les possèdent. C’est le cas de l’Algérie. Pour peu que les ports disposent d’un hinterland organisé où se situent des zones dédiées, une modernisation des expéditions est possible avec la création d’emplois et d’activités spécifiques. Les fonctions logistiques d’entreposage, de conditionnement, de traçage, d’allotissement s’ajoutent à celle des transports et l’ensemble de ces fonctions est productive, d’emplois, d’activités et de création de richesse. La logistique est, par sa composante spatiale un des éléments importants d’aménagement du territoire, en permettant d’organiser dans un lieu donné les zones où se fait le conditionnement, la valorisation des produits et à leur éclatement vers les destinataires. Aujourd’hui, la logistique est une des activités majeures de l’organisation des zones portuaires et de leur hinterland et un élément décisif de modernité des entreprises, quel que soit le secteur.

En assurant la valorisation des productions elles-mêmes, la logistique est créatrice d’emplois et d’activités nouvelles, en générant une véritable industrialisation autour des exportations, pour que celles-ci se fassent dans le respect des normes. Cela concerne les zones d’expéditions, sur les ports, les lieux de stockage après la récolte, le transport et les activités de contrôle et de suivi des produits… En Oranie, dans la Willaya de Mostaganem, une organisation embryonnaire autour des expéditions a permis de générer des activités de fabrications de caisses adaptées aux exportations, de palettes aux normes UE. Les activités de filmage des produits s’y ajoutent ; celle de contrôles et de mesures sont envisagées. Dans cette ville, l’ensemble du bourg est mobilisé autour des activités nées de ces activités même si l’organisation logistique est encore balbutiante. Elle permet aux professionnels et décideurs économiques des retours d’investissements directs : la maîtrise des circuits permet une juste rémunération des ventes et un ré-investissement local des plus-values. De plus, l’ensemble des chômeurs de la Ville a été embauché dans ces activités nouvelles.

Aujourd’hui, on considère que la logistique apporte environ 10% de plus value aux produits dans les pays industrialisés; «plus-value» qui peut se transformer en perte et donc en moins value – partielle ou totale- pour celui qui en assure la gestion, si des chocs thermiques (par exemple) se produisent lors d’une rupture de la chaîne du froid ou si aucun conditionnement en température dirigée n’est organisé (ni en chambre froide, si en transport froid).

Concernant à la fois les industriels, les producteurs, les transporteurs et les acheteurs (notamment la grande distribution) elle contribue à faciliter le travail en réseaux des professionnels liés soit par un produit donné soit par une région géographique soit à une technique (la gestion du froid par exemple).

2 – les objectifs et contours du projet ISLA : valoriser ces atouts

2-1 – acquisition de qualifications

- Permettre aux professionnels d’Algérie (qu’ils soient dans la production, le transport, la transformation ou les expéditions ou le commerce international) d’acquérir les savoirs, les techniques et les qualifications pour organiser les expéditions de façon sécurisée, pour toutes les matières (dont les matières périssables et les matières dangereuses), hors hydrocarbures.
- Être un outil opérationnel avec des formations et des qualifications, répondant aux besoins de tous les échelons de l’entreprise et à toutes opérations requises dans la chaîne :

- pour des étudiants souhaitant devenir cadres en logistique, dans des entreprises de production ou de service (privées ou publiques) ; dans les ports et ou aéroports ou zones logistiques. Le but : former et qualifier les jeunes issus d’un parcours scolaire secondaire ou en situation de demande d’Emploi, destinés à intégrer les entreprises ou ateliers, agricoles, agro-industriels et de la logistique/transport. Il peut également former des cadres en vue de la création de sociétés autour de la filière «exportation» .
- Pour des cadres déjà salariés des entreprises ou des managers ainsi que les personnels dans les unités qui existent déjà.
- pour les chefs d’entreprise souhaitant structurer des stratégies individuelles ou collectives (filière)
- pour des employés d’usine ou d’atelier souhaitant acquérir les normes de qualité avec les gestes ad hoc.

Les formations devront comporter des enseignements généralistes et des formations «techniques» adaptées + des modules spécifiques au secteur, au produit et à la place de chacun dans l’organisation.

- Organiser des stages en entreprises (en Algérie et/ou en France) et des rencontres de travail, par secteur, entre rive Nord et Sud pour faire émerger des partenariats par filière ou par région ou par secteur professionnel, entre PME, essentiellement (les stratégies de groupe sont différentes).

2- 2 : maitrise des chaines logistiques

- L’institut est appelé a devenir un «lieu-ressource» pour les PME :

- en apportant une assistance et un conseil aux exportateurs algériens (tous secteurs) et, de façon plus globale, à tous les professionnels concernés par la chaîne logistique (sur les normes internationales, la traçabilité, le contrôle qualité, l’HACCP…) Faire émerger des chaines logistique entre partenaires, afin que les organisations, au Sud, soit maîtrisées ou co-gérées par les professionnels d’Algérie.
- En facilitant le transfert des techniques après visites groupées de sites pilotes, en Algérie ou en Europe avec l’organisation de séminaires professionnels sur des thèmes précis, en face à face d’entreprises entre Nord et Sud, sur des thèmes ponctuels

Ces formations devraient, in fine, faciliter l’organisation multi-modale de l’Ouest de la Méditerranée et l’intégration des produits algériens à cet ensemble en constituant des routes maritimes» ou des autoroutes, dédiées aux produits algériens, avec une maîtrise des traversées à température idoine, sans rupture de la chaîne et avec une traçabilité qui garantisse l’état sanitaire des produits. Cette garantie sanitaire vaut aussi pour le marché national. Cette exigence touche particulièrement les Fruits et Légumes, dont certains sont autant de produits-phares de l’Algérie. . Cette organisation des opérateurs économiques (exportateurs ou non) va de pair avec une véritable culture commune qui permette de jouer «collectif». La logistique, en maillant les chainons des opérations va dans ce sens.

3 – Une formation Ajustée

Les formations sont conçues, dans un premier temps, pour répondre aux besoins les plus urgents, recensés lors des rencontres, à savoir des formations très «opérationnelles», pour «mettre sur le marché» des cadres en logistique ou des techniciens de la logistique compétents et pouvant induire des «sauts qualitatifs» aux unités dans lesquelles ils vont travailler. Rien n’interdit que, par la suite, des formations en logistique soient intégrées dans des formations classiques (lycées ou instituts techniques actuels).

l- des modules de formation, sur les enjeux globaux de la logistique, peuvent intéresser le plus grand nombre : ces formations peuvent s’adresser à des cadres publics ou privés avec …

- des formations spécialisées selon les secteurs et les filières (Fruits et légumes, lait et production laitière et fromagère, produits industriels, matières dangereuses, etc…) sont également à envisager, avec des cycles plus courts,

- des modules très spécifiques pour la connaissance et le maîtrise des normes attachés aux secteurs concernés doivent aussi être prévus : les Normes ISO pour l’industrie, l’HACCP pour les Industries Agro-alimentaire, les Echanges de Données Informatisées (EDI) pour la sécurisation des transmissions, l’informatique embarquée (à bord des véhicules de transport) pour assurer une traçabilité totale, etc…La formation dispensée concernerait à la fois les techniques du transport et de la logistique, la gestion du froid industriel et son application au conditionnement et au transport ;

4 – un institut «professionnel»

Côté français, plusieurs organismes tels Promotrans (organisme national de formation spécialisé dans la Logistique), l’ENSAM de Montpellier (Ecole Supérieure d’Agronomie). L’Association des Industriels de l’Agro-alimentaire, Agropolis (coordinateur du pôle de compétitivité Qu@limed , la direction de l’Equipement (service déconcentré du Ministère de l’Equipement), le CRET-log, rattaché à l’Université d’Aix et spécialisé dans la logistique, plusieurs entreprises référentes comme LATAL, Capelle, SDV … sont d’ores et déjà intéressées à la mise en œuvre de cet institut supérieur.
Depuis quelques années, c’est l’ESCAIA, Ecole Supérieure de la Coopération et des Industries Agro-alimentaires qui est l’organisme/référence de la dynamique logistique qui s’est enclenchée avec l’Algérie : par son approche partenariale, par sa philosophie de coopération, elle est un coeur de réseau.
Côté algérien, des promoteurs de projets communs comme la SDCIM ont répondu présents. Le Forum des Chefs d’entreprise a également dit son soutien et son intérêt à ce projet. D’autres industriels, dans des domaines «leader» ont exprimé leur besoin en formation logistique. Localement, plusieurs associations ont également demandé à être associées tout comme les nouvelles coopératives, en contact avec la Fédération de la Coopération Agricole, sur Montpellier. Seront privilégiés les décideurs économiques porteurs d’actions innovantes plutôt que des responsables «en représentation». Des cadres ministériels ou de la Recherche pourraient également être sollicités…

5 – Les étapes de la réalisation :

5-1 : L’étude de faisabilité devra porter, pour une partie, sur la validation des propositions et de l’organisation des formations, par secteur ou par région géographique. Ce sont des entreprises et des professionnels leaders des secteurs qui constitueront le panel de validation, pour ajuster les formations aux besoins des entreprises.

5-2 – l’organisation des formations

- la formation des maîtres : elle peut se faire en France ou en Algérie. Il est préférable de prévoir les deux.
- La répartition des formations: elle devra tenir compte des spécificités géographiques de l’Algérie: sans doute une formation centrale sur Alger, une autre sur l’Ouest et une autre sur l’Est, une à deux sur le Sud.

5-3 – La création de l’Institut : sa structure pourrait être inter-sectorielle, puisque la logistique concerne tous les secteurs de l’économie. Elle pourrait également être mixte au sens de partage entre Algérie et France, entre privés et publics. L’Association professionnelle Algéro-française, constituée pour assurer le portage peut constituer «le socle» de son organe directeur. Si le siège peut être envisagé sur Alger, des formations décentralisées doivent être prévues.

Plutôt que de «créer» ex-nihilo une école supérieure, avec des bâtiments et des espaces spécifiques, cet institut pourrait –dans la mesure où tous ceux qui sont concernés seraient consultés et associés – être adossé, dans un premier temps, à une école supérieure déjà existante. L’Ecole Polytechnique d’Alger a été citée; d’autres peuvent être pressenties ou intéressées.

C’est la faisabilité qui devra infirmer, confirmer ou au moins valider les grandes tendances du projet.

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.