La Presse parle de "Khadda le précurseur", Lyon

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Voyage au coeur d’une oeuvre algérienne à Lyon
« Khadda le précurseur »
Presque un mois durant -19 novembre au 13 décembre-, une immense exposition ainsi que des conférences ayant pour thème générique,  » Khadda le précurseur « , s’était tenue dans la ville française de Lyon. Ce rendez-vous où des gravures, des aquarelles de Khadda ont été proposées dans les différentes galeries de la ville, était organisé par l’Association Franc0- Algérie de concert avec Rhône-Alpes, la Fondation Bullukian, la Galerie Françoise Souchaud et Limag Littératures du Maghreb. »Ivre de beauté », tout en se refusant à être  » objet inerte « , la lettre arabe  » se veut mouvement, vibration « , notait Mohammed Khadda (1930-1991) dont le nom fut associé à ce qu’on appela l’école du Signe.  » Liée au rythme de la respiration de l’homme et au battement de son poul, elle dit, simule, suggère tout à la fois « . Peintre et graveur, né à Mostaganem, Khadda travaille très tôt dans l’imprimerie où il apprend le métier de typographe. Il se met également à dessiner, puis à peindre, avant de se rendre à Paris en 1953 en compagnie de Abdallah Benanteur.Figuratif à ses débuts, il s’attelle à cerner sa propre identité et les ressources de son propre héritage, avant de s’engager dans la non figuration. Découvrant des peintres européens qui de Matisse à Klee se sont inspirés d’éléments de l’art musulman, l’artiste explorera le patrimoine plastique du Maghreb. À Alger après l’indépendance, il participe aux débats qui traversent la jeune peinture algérienne et publie des articles dans lesquels il prend position sur les questions liées à l’art moderne et à la place de l’artiste dans la société. Durant plus de trente ans, Mohammed Khadda, qui a également illustré nombre de recueils de poésie et créé des décors et des costumes pour le théâtre, a régulièrement exposé en Algérie, en Europe et dans le monde arabe. L’artiste, dont l’oeuvre est représentée au Musée des Beaux-Arts d’Alger et au Musée d’art moderne de Paris, s’est éteint le 4 mai 1991 à Alger. Pour Rachid Boudjedra, qui fut l’un de ses compagnons de route et dont il a illustré quelques livres,  » Khadda, lecteur passionné du monde, érudit de l’écriture et de la poétique, engagé depuis toujours pour un homme debout, était ce peintre phare qui mélangea au fond de son atelier l’Orient et l’Occident, sans complexe. Il fera l’éloge du signe, de tous les signes porteurs de l’humain « . Bendehiba Khadda, père du peintre, né en 1912 dans la commune de la Mina (Relizane), etait arrivé encore jeune à Mostaganem, déjà atteint comme des dizaines de milliers d’Algériens à l’époque, de trachome. Garçon-cocher sur la diligence Mostaganem-Tiaret, poseur de rails, docker, il était, totalement aveugle, devenu garçon d’écurie. Selon lui  » Benkhedda « , simplifié par l’état civil français dans sa transcription, correspondait au nom de la tribu à laquelle appartenait la famille, de son vrai nom  » Ladjel « . Nebia El Ghali, mère du peintre, était née vers 1911 à Zemmora, non loin de Tiaret. Un colon ayant acheté vers 1920 le territoire ancestral, sa famille avait été massacrée par la tribu s’éprouvant spoliée et la tribu avait été ensuite décimée par l’armée. Quand les parents du peintre se marient en 1929, sa mère elle aussi est aveugle. Né, d’après les registres, le 14 mars 1930 Mohammed Khadda est l’aîné de cinq enfants, deux mourant en bas âge. Il entre en 1936 à l’école indigène de Tigditt, quartier arabe de Mostaganem. En 1942, la famille fuyant la famine et partant à pied à Tiaret, il porte alors son frère sur ses épaules. La tante qui l’héberge n’étant pas moins misérable, c’est trois mois plus tard le retour à Mostaganem où il se trouve repris à l’école. En 1943 il reçoit le diplôme qui donne accès au lycée. Il est temps pour son père qu’il trouve un travail mais son instituteur lui obtient un an de répit puis en 1944, Khadda ayant obtenu son certificat d’études, le fait embaucher à l’imprimerie de l’ » Aïn Sefra « . Il y commence à dessiner et faire des croquis pour les imprimés à réaliser. Le soir il fait de la reliure, lisant les livres qui lui sont confiés, Hafid, Djami, Omar Khayyam, Mohamed Abdou, Taha Hussein. En 1947 Khadda réalise ses premières aquarelles, puis des pastels et des peintures.Parti en 1953 en France, Mohammed Khadda ne rentre qu’en 1963 au bercail où il expose régulièrement. Membre fondateur en 1964 de l’ »Union Nationale des Arts Plastiques » dont il est le secrétaire de 1972 à 1975, il y défend la peinture non figurative violemment dénoncée à cette époque. Mohammed Khadda travaille, entre 1973 et 1976, à la réalisation de plusieurs peintures murales collectives, accompagne de ses dessins, dans les années 80, des recueils notamment de Bachir Hadj Ali, Tahar Djaout, Habib Tengour, Michel-Georges Bernard, et rassemble en 1983 dans  » Feuillets épars liés  » la plupart de ses articles et préfaces.Rebouh H

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