La presse parle de Moufdi Zakaria à la BnF

El Watan
Hommage à Moufdi Zakaria, un militant engagé
Edition 18 mai 2009

Moufdi Zakaria a opté très tôt pour l’indépendance nationale. Il a été emprisonné à cinq reprises entre 1937 et 1959. L’Algérie était sa passion. Maghrébin convaincu, il a alterné ses séjours dans les trois pays du Maghreb.
C’est à Tunis, où il s’est retiré au lendemain de l’indépendance, qu’il est mort le 17 août 1977. Il est enterré dans sa ville natale de Beni Izghen. L’initiative de cette célébration en France revient à la fondation Moufdi Zakaria, présidée par Slimane Chikh, fils du défunt, ancien ministre de la Culture, et l’association France Algérie, présidée par Pierre Joxe, membre du Conseil constitutionnel, ancien ministre et ancien président de la Cour des Comptes. Une projection d’un film documentaire de 72 minutes retraçant la vie du défunt poète et militant de la cause nationale réalisé par Saïd Oulmi et une table-ronde sur l’œuvre et la vie de l’auteur de l’hymne national algérien, Kassamen, animée par Hédi Baccouche, ancien ministre tunisien, l’historien Benjamin Stora, l’écrivain Rachid Boudjedra et l’universitaire et romancier Wassiny Laredj ont constitué les deux piliers de cette cérémonie. De nombreuses personnalités algériennes, tunisiennes, marocaines, arabes et françaises ont pris part à cette manifestation culturelle. Slimane Chikh a rappelé que le centenaire de la naissance de Moufdi Zakaria est célébré en Algérie, en Tunisie, au Maroc et en France. Bruno Racine, président de la BNF et écrivain, a salué « un grand artiste des mots qui a le pouvoir d’ébranler nos consciences et de bousculer nos mémoires », qui a passé sa vie à libérer sa patrie, l’Afrique du Nord, et citant les propres mots du défunt des « chaînes de l’esclavage pour l’amener vers les lumières du savoir d’une vie heureuse ».
Pierre Joxe, faisant allusion à l’action de son père, Louis Joxe, ministre du gouvernement du général de Gaulle, et à celle du père de Bruno Racine qui était son directeur de cabinet, a rappelé que « nos pères ont, à leur façon, servi une évolution qui a trop tardé ». « On a cru après deux Guerres Mondiales que la décolonisation allait de soi, c’est une période qui reste dans nos cœurs. » Le directeur de l’IMA, Mokhtar Taleb Bendiab, a invité les Algériens à méditer le message de Moufdi Zakaria. Hédi Baccouche a longuement évoqué le lien étroit entre Moufdi Zakaria et le Maghreb. L’historien Benjamin Stora a distingué dans la vie militante de Moufdi Zakaria cinq périodes. La première est celle des années 1920 u de l’apprentissage dans une conjoncture historique particulière : la guerre du Rif au Maroc, la proclamation du Destour tunisien avec comme fondateurs plusieurs Algériens, la création de l’Etoile nord-africaine à Paris par Messali Hadj et dont il sera secrétaire général. Les années 1930 correspondent aux années d’engagement politique sous plusieurs formes à travers des associations nord-africaines dont l’Etoile nord-africaine, qui situe son engagement idéologique à l’écart des mouvements assimilationnistes, signale l’historien, ajoutant que sa famille politique traditionnelle est le PPA dont il compose l’hymne en 1936-1937. En prison, il est désigné pour enseigner l’arabe et la civilisation musulmane aux autres détenus du PPA.
Les années 1940 sont celles des massacres de Sétif et de Guelma, rappelle Benjamin Stora, qui correspondent à une « conscientisation accélérée de la société algérienne ». Moufdi Zakaria va être de nouveau arrêté et fera trois ans de prison. Les années 1950 sont celles du déclenchement de la révolution algérienne. Moufdi Zakaria s’engage dans une lutte ouverte. Il est proche des dirigeants du Comité central opposés à la personnalité de Messali Hadj, et rejoint très tôt le FLN. Dès 1955, Moufdi Zakaria compose l’hymne de la révolution algérienne, Kassamen, à la demande du FLN. Il est à nouveau arrêté après le vote par l’administration coloniale des pouvoirs spéciaux, il sera emprisonné jusqu’en 1959. « A chaque moment décisif du mouvement national algérien, il fera des séjours en prison », relève Benjamin Stora. L’écrivain Rachid Boudjedra a évoqué le souvenir de l’homme qui était un ami très proche de son père — les deux hommes se sont connus à Tunis où le père de Rachid Boudjedra avait construit le Café d’Alger, rendez-vous des militants du Destour dont il était le financier adjoint. Et de considérer qu’à l’indépendance, Moufdi Zakaria s’était éloigné d’Algérie, avec cette interrogation : « Avait-il été déçu ? » « Dans sa poésie comme dans sa vie, il a été subversif. C’était un homme libre. » L’écrivain et universitaire, Waciny Laredj, note que si la première période de la production poétique de Moufdi Zakaria est fondamentalement liée à la révolution algérienne, le poète s’est appuyé sur la poésie universelle, d’où sa stature de poète universel. Des œuvres de Moufdi Zakaria sont présentées aux visiteurs de la BNF, dans la salle de lecture E de la bibliothèque Haut de Jardin, du 13 au 23 mai 2009. Il reste que son œuvre n’est pas encore complètement publiée.
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El Moudjahid
Hommage à Moufdi Zakaria à Paris : Un homme de combat et de lettres
Edition du 16 mai 2009

Les intervenants à la table ronde organisée jeudi soir à la Bibliothèque nationale de France (Paris), en hommage à Moufdi Zakaria, ont souligné la dimension maghrébine et universelle de l’œuvre du chantre de la Révolution du 1er Novembre 1954. Les uns, à l’image de l’ancien Premier ministre tunisien Hédi Bekkouche ou de l’écrivain algérien Rachid Boudjedra, ont connu et côtoyé le militant de la cause nationale et l’homme de culture. Les autres, comme l’écrivain Wassini Laredj et l’historien français Benjamin Stora, se sont intéressés en tant que chercheurs à l’itinéraire de Moufdi Zakaria. Toutes leurs interventions ont été axées sur la dimension universelle et maghrébine de l’œuvre et de l’action de Moufdi Zakaria, en tant que personne et homme de culture qui a milité pour la libération et l’émancipation des peuples, rappelant que le premier texte écrit par le poète à la fleur de l’âge était consacré au marocain Abdelkrim Khettabi, lors du soulèvement du Rif. Pour Hédi Bekkouche, Moufdi Zakaria est l’intellectuel et le militant maghrébin au sens plein du terme. Il représentait la dimension maghrébine revendiquée et incarnée par le mouvement nationaliste algérien. « Pour Moufdi Zakaria, le Maghreb arabe est un espace indivisible et sa lutte était commune à tous les pays qui le composaient. Il a su combiner entre le militantisme politique et le verbe pour donner les plus belles úuvres de la poésie arabe », a-t-il ajouté. Les autres intervenants ont souligné la force et la puissance du verbe de Moufdi Zakaria, mis au service du combat libérateur, pour devenir une véritable arme de lutte et de mobilisation. A l’ouverture des cérémonies de cet hommage, le président de la Fondation Moufdi-Zakaria, Cheikh Slimane (son fils) et le président de l’Association France-Algérie, Pierre Joxe, ont souligné l’importance que représente cet « homme de combat et de lettres ». « Moufdi Zakaria n’est pas seulement un poète romantique. Il est avant tout un homme d’action. Son úuvre représente un dépôt précieux de ce qu’il représente par rapport au passé et aux générations actuelles et futures », a indiqué Pierre Joxe. L’assistance a suivi la première partie d’un documentaire poignant du réalisateur Saïd Oulmi intitulé « Moufdi Zakaria, le poète de la Révolution ». L’œuvre retrace notamment les conditions dans lesquelles a été composé et enregistré l’hymne national « Qassaman ». Saïd Oulmi faisant appel à des témoins qui ont connu Moufdi Zakaria et ses compagnons de cellule à la prison de Serkadji pour souligner la forte personnalité du poète et sa capacité à mobiliser et à redonner l’espoir aux détenus les plus désespérés. « Avec des mots simples, il réussit à nous faire sortir de nos cages pour nous transporter ailleurs », témoigne un ancien condamné à mort. D’autre part, la Fondation Moufdi-Zakaria a fait don à la Bibliothèque nationale de France d’un lot d’ouvrages et de travaux sur la vie et l’œuvre du poète du M’zab ainsi que des copies d’archives sonores qui viendront enrichir les fonds documentaires de la BNF et serviront de documents précieux pour les chercheurs. Dans une déclaration à la presse, Bruno Racine, président de la BNF s’est félicité que son institution eut abrité cet hommage, organisé à l’occasion du centenaire de la naissance de Moufdi Zakaria. « C’est un homme qui a montré qu’il était à la fois un grand poète et un révolutionnaire qui a milité pour changer l’histoire », a-t-il indiqué. « Compte tenu des relations et de l’histoire commune entre nos deux pays, disposer des œuvres d’un homme de lettres et de culture comme Moufdi Zakaria, dans les fonds de notre bibliothèque pour les mettre à la disposition de nos lecteurs, est un fait naturel et normal », a-t-il ajouté.
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