Tassadit Yacine honorée à Boudjellil

La Dépêche de Kabylie
12 juin 2009

Tassadit Yacine honorée à Boudjellil et invitée du café littéraire à Bgayet“Il est vraiment dommage que les femmes kabyles n’osent pas participeraux débats”En effet, il est vrai que la population de cette région enclavée n’estpas habituée aux évènements de cette envergure.Le mercredi 3 juin 2009, la population de la commune de Boudjellil,une région enclavée de la wilaya de Bgayet, a accueilli trèschaleureusement l’illustre anthropologue originaire du village Matchikde cette commune, Tassadit Yacine et ses amis qui l’ont accompagnéepour une journée d’étude intitulée « Patrimoine et culture » avantd’animer, le lendemain, jeudi 4 juin 2009, le café littéraire à laMaison de la culture Taos Amrouche de Bgayet devant un public record.Initié par Madjid Menasria, cet évènement inédit a pris l’allure d’unhommage à l’enfant de la région de Boudjellil plutôt qu’à une journéed’étude telle que conçue par les organisateurs, en l’occurrence, lesassociations Assirem de Boudjellil et Gehimab de l’Université deBgayet en collaboration avec l’APC locale et l’aide de l’APW et de laDJS. En effet, il est vrai que la population de cette région enclavéen’est pas habituée aux évènements de cette envergure. Toutefois, saréussite ainsi que les encouragements des invités participants prometun avenir radieux pour le secteur de la culture dans la commune deBoudjellil, à condition de la désenclaver, puisque ce sont descitoyens de tout âge avides de culture et de savoir qui sont venus enmasse rendre hommage à Tassadit Yacine. Mais, cette dernière a tout demême fait remarquer que, même de nos jours, les femmes n’osent pasparticiper aux débats alors que ce sont, surtout elles, qui ont sauvénotre culture qui a toujours été orale : Le message est lancé. Deplus, l’histoire de cette région est très connue par « La chaîne desportes de fer » (L‘antique Mons Ferratus) qui l’a rendue inaccessible àtous les colonisateurs, exception faite aux français qui ont réussi àpénétrer la région à la faveur d’une… trahison.Boudjellil : Une journée d’étude “Culture et patrimoine” et unhommage inoubliableSi pour l’association pour la promotion de la femme « Assirem » et lapopulation de Boudjellil, cette journée du 3 juin 2009 était unhommage à Tassaâdit Yacine, Gehimab de l’Université de Bgayet a pousséplus loin en cherchant dans l’Histoire de cette région son patrimoineculturel, d’où la volonté d’organiser une journée d’étude. D’ailleurs,dans le document remis à tous les présents, on y lit : « Qui aurait cruque notre travail de localisation des manuscrits de langue berbèrenous conduirait à Boudjellil ? Les archives du célèbre poète CherifKheddam nous indiquaient pourtant cette piste. La découverte d’unpetit traité de « Tawhid » (en langue berbère), rédigé à la ZaouïaTimâmmart de Cheïkh Oubelqacem confirme cette tendance à l’écriturechez les lettrés de cette région » ; « C‘est donc cela Boudjellil, unlieu de savoir, d’ouverture et de promotion sociale » pour ensuiterelater une bonne partie de l’Histoire de cette région.C’était donc le plus normalement du monde que, durant cette journéed’études, une visite a été effectuée à Timâmmart Cheïkh Oubelqacem oùdes manuscrits anciens ont été exposés pour la circonstance.L’illustre personnage qu’était Cheïkh Oubelqacem al-Boudjellili(1826-1898) était détenteur d’une célèbre « Idjaza » (Diplôme) de CheïkhAheddad. Chérif Kheddam, quant à lui, a fait ses études dans cetteZaouïa vers 1936. D’ailleurs, il en fera un témoignage sur la vie dansce milieu en disant : « C’était une retraite, un monde bienparticulier ».De plus, le Pr Djamil Aïssani, président de l’association Gehimab a eudéjà à écrire sur cette région en 1998 dans la revue internationaleEDB (Etudes et Documents Berbères) : « La découverte d’un manuscrit delangue berbère à Timâmmart n’Cheïkh Oubelqacem – Boudjellil complètela liste des manuscrits localisés ces dernières années en Kabylie,cette liste contredit les conclusions de Luciani relatives auxmanuscrits de langue berbère de Kabylie ». On voit bien que la régionde Boudjellil a un poids important dans la culture et le patrimoinekabyles. Tout cela, sans oublier toutes les personnalités qu’elle aenfantées dont, justement, Tassadit Yacine à laquelle la population atenu à rendre un vibrant hommage. En plus de cette visite à la ZaouïaTimâmmart n’Cheïkh Oubelqacem, Tassadit Yacine a pris connaissance desprojets de l’association pour la promotion de la femme « Assirem » et,surtout, du projet Gehimab-Assirem lié à la Bibliothèque-Médiathèquede Boudjellil. Par ailleurs, avant de se rendre dans son villagenatal, Matchik, en fin de journée, Tassadit Yacine et ses invités ontanimé une conférence devant plus de 200 personnes, hommes et femmes detout âge, ce qui renseigne bien sûr l’avidité de cette population enmatière de savoir et de culture, et cela, bien que leur région soit, àce jour, enclavée alors que Boudjellil a le statut de commune du tempsde la colonisation française, plus précisément, depuis… 1947 ! Durantla conférence qui a pu réunir toutes les générations de la région deBoudjellil, hommes, femmes et enfants, sept intervenants ont pris laparole en plus du Pr Djamil Aïssani de Gehimab et, bien entendu,Tassadit Yacine. Il s’agit de Mustapha Tidjet du département de langueamazighe de Bgayet, Zinedine Kacimi, directeur de l’Institut desQira’at d’Alger, Ali Sayad, anthropologue, Pr Danoune, doyen de lafaculté de médecine de Bgayet, Rachid Mendjeli de l’EHESS de Parisainsi que des deux amis de l’Algérie et de Tassadit Yacine, lesFrançais Sonia Dayan-Herzbrun (Université Diderot, Paris) et AlainJoxe (EHESS, Paris), fils de l’artisan des accord d’Evian.Le café littéraire de la Maison de la culture Taos Amrouche devant uneaffluence recordAprès Boudjellil, Tassadit Yacine a été l’invitée du café littérairede la Maison de la culture Taos Amrouche de Bgayet, le lendemain,jeudi 4 juin 2009. Animé devant une affluence record, Tassadit Yacinene s’est pas trop attardée à parler, laissant la parole à ses amisfrançais, Alain Joxe et Sonia Dayan-Herzbrun ainsi que Rachid Mendjeliet favorisant beaucoup plus le débat et la réponse aux questions del’assistance. Elle dira quand même : « Je suis désolée que mescompatriotes ne puissent profiter de la revue Awal ». En fait, c’estsurtout grâce à cette revue que le nom de Tassadit Yacine est toujoursassocié à Feu-Mouloud Mammeri. Quant aux débats de ce café littéraire,ils tourneront beaucoup autour des origines de l’anthropologie enAlgérie, du travail de Tassadit Yacine et de la culture orale. De leurcôté, les intervenants feront beaucoup de témoignages.Impressions…Madjid Menasria (Initiateur de la manifestation) : « Tout d’abord, jesuis très content que mon initiative ait atteint son but, ce qui mepermettra davantage d’être utile dans ce genre de manifestations àl’avenir. Cet hommage se veut un désenclavement culturel de notrecommune, voire même de toute notre région, Boudjellil. La réussite decet hommage n’est pas un concours de circonstances mais c’est grâceaux hommes et femmes de différentes structures, à savoir, Pr DjamilAïssani de Gehimab de l’Université de Bgayet, l’Association Assirem etl’APC de Boudjellil, qui ont accepté de m’accorder leurs cachets étantdonné que je ne suis structuré dans aucun mouvement. Comme à, chaquerecette ses ingrédients, qui oserait oublier la formidable populationde Boudjellil qui a su donner un goût excellemment particulier à cethommage tout en déjouant de par sa géniosité le mélange de genre enrestant fidèle au principe de la célébration de l’hommage rendu à MmeTassadit Yacine Titouh. Mais, nous ne pouvions atteindre Boudjellilsans le concours du P/APW de Bgayet, Hamid Ferhat et son collègue, M.Touahria, sans oublier la DJS qui ont pu mettre à la date et heureprévues tous les moyens de transport nécessaires. A cette occasion, jetiens à renouveler mes remerciements à Madame Tassadit Yacine qui aplacé toute sa confiance en moi et je dis à la population deBoudjellil : Bravo, mais un avenir proche et lointain attend teséchos ».Tassadit Yacine : « Il y a eu finalement deux organisations : l’une deGehimab et l’autre, de l’Association Assirem. En tout cas, c’est commecela que j’ai été invitée. En ce qui me concerne, je n’ai pas hésité àvenir. Toujours est-il qu’il était normal que l’organisation leurrevienne. De toute façon, cela s’est très bien passé. Mais, j’insistesur le fait que les femmes kabyles assistent toujours aux conférencessans jamais prendre la parole, et cela, c’est vraiment dommage. Quantà moi, si je ne m’exprime pas en kabyle quand je parle de mon travail,c’est dù, d’une part, à l’absence de termes techniques, et d’autrepart, à l’éducation que nous les femmes kabyles avions reçue : Nous neparlons kabyle qu’à la maison et nous n’avons pas été éduquées defaçon à intervenir dans les assemblées. Vous l’avez certainementremarqué, à Boudjellil, la moitié de l’assistance était féminine etdont un tiers à Bgayet, mais les femmes n’ont pas osé parler ».Alain Joxe : « Pendant des années, mon travail a consisté à étudierl’évolution de la pensée stratégique, c’est-à-dire comment lespuissances envisagent de réguler leur puissance militaire. Mais,depuis que je suis en retraite, j’étudie plutôt les expéditionsnéocoloniales des Etats Unis dans l’espace du grand Moyen-Orient.Quant à ma présence en Kabylie, je tiens à vous dire que je suis déjàvenu à Bgayet il y a trois ans à l’Université et j’ai constaté que lesétudiants sont très éveillés. Donc, lorsque Tassadit Yacine m’ademandé de l’accompagner à Bougie, j’ai tout de suite accepté. Enfin,je tiens à vous dire que la population de Boudjellil est formidable.J’ai senti qu’elle est dévouée et attentive. Mais, il faut désenclavercette région ».Sonia Dayan-Herzbrun : « J’ai tenu à accompagner Tassadit Yacine pourdiverses raisons. D’abord, parce que nous travaillons ensemble. Nousfaisons la comparaison entre les raisons, car, moi je suis spécialistedu Machrek. Ensuite, nous réfléchissons ensemble sur les composantescommunes de la région méditerranéenne. Enfin, nous avons en commun letravail sur la colonisation, sans oublier l’amitié qui nous lie.Tassadit Yacine me parle depuis longtemps de la Kabylie D’ailleurs, jel’ai déjà accompagnée l’année passée ici à Bgayet. Mais, de l’Algérie,c’est surtout Alger que je connais car je m’y rends de temps en tempspour des conférences à l’Université. Mais, je dois vous dire, tout enespérant ne pas vexer les Algérois, que je me sens mieux en Kabylie ».
Amastan S.
2005 © La Dépêche de Kabylie
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