ALGER 23 septembre 2010 – Remise de matériels radiophoniques au CNRPAH par l’AFA

Le 23 septembre 2010, Raoul WEEXSTEEN, Secrétaire Général de l’AFA, a remis officiellement à M. Slimane HACHI, Directeur du Centre national de Recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) d’Alger, le matériel necessaire à la lecture de bande-son de près de 250 heures de chants et de musiques traditionnels enregistrés lors des voyages de M. Pierre AUGIER, en Algérie, entre 1963 et 1975. Les enregistrements effectués par Pierre AUGIER comprennent notamment des exemples d’Ahellil du Gourara, musique touareg inscrite au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO.

Pierre AUGIER avait fait le choix de confier la remise du matériel à l’association France-Algérie, représentée par son secrétaire général, M. Raoul WEEXSTEEN. La cérémonie s’est déroulée en présence de Mme Fatiha AKEB, Directrice de la Coopération et des Echanges, et de M. Joël LASCAUX, Conseiller culturel de l’Ambassade.

Intervention de M. Raoul WEEXSTEEN
Secrétaire général de l’Association France-Algérie
« Mme la Ministre de la Culture, Mme le Chef de Cabinet, Mme la Directrice de la Coopération et des Echanges, M. le Conseiller culturel, M. le Conseiller,

Chers Amis,

C’est à un passionné de musique que nous devons d’être ensemble ici aujourd’hui et mes remerciements vont d’abord à Pierre AUGIER que je salue.

Ce Professeur coopérant rattaché au CRAPE, ancêtre du CNRPAH, s’est consacré entre 1963 et 1975 au recueil de chants et d’interprétations musicales sur des instruments traditionnels.
Ses expéditions épiques dans le Grand Sud – j’espère qu’il les évoquera – au Gourara, dans le Hoggar et un peu au Tassili pour recueillir ces documents sonores, dans des conditions souvent difficiles, accompagné d’un guide, de quelques amis, avec le Professeur Mouloud MAMMERI et avec le dépositaire de l’ahellil, Moulay SLIMANE, venu aujourd’hui de Timimoune, ont contribué à enrichir le patrimoine immatériel de l’Algérie dans le domaine ethno-musical.
800 bobines environ, enregistrées par M. AUGIER ont été rassemblées au CNRPAH et se trouvaient au Département ethno-musical dont Mme Maya SAÏDANI a maintenant la responsabilité. Le fonds avait toujours été l’objet d’une très grande attention et sa qualité de conservation était excellente. Malheureusement sa consultation, liée à un matériel de lecture usé et difficile à trouver, était devenue impossible.
Nous devons alors toujours à la passion scientifique de M. AUGIER qu’il ait découvert, récemment, des matériels de lecture anciens, mais neufs, de les avoir achetés sur ses propres deniers et de les avoir donnés à l’Association France-Algérie pour qu’ils soient offerts au CNRPAH.

Je remercie doublement M. AUGIER pour avoir choisi l’Association France-Algérie, mais aussi pour le choix de sa démarche qui révèle sa grande affection et son grand respect pour l’Algérie et ce qui est dû à ce pays. Sa démarche exprime combien nous sommes tous attachés à l’existence d’un patrimoine algérien ouvert à tous ceux qui sont passionnés de recherche, de savoir, de connaissances, de collections, d’émerveillement scientifique et capables de dévouement à une telle cause.

Mais il y a une autre raison à ces remerciements. Beaucoup de chanteurs et d’interprètes sont maintenant décédés. Pourtant ils sont vivants, non pas seulement par la magie de la technologie, mais parce que ce sont des documents ethnographiques. Ils témoignent de la permanence en Algérie d’une vie, d’une culture et des modalités de leur expression qui sont d’abord profondément et simplement humaines, quels que soient la période et l’environnement. Retrouver l’écoute de ces chants et de ces musiques, c’est renouer avec « la Grande Tradition » comme l’aurait dit Jacques BERQUE, celle qui structure les sociétés, leur quotidien, leurs croyances, leurs convictions, leurs aspirations et qui en exprime la permanence à travers le temps.

Je remercie très vivement le Directeur du CNPRAH, M. Slimane HACHI.
Il a accueilli ce projet avec une grande sympathie et la générosité que l’on trouve toujours chez les grands scientifiques. En assurant le lien entre sa qualité de chercheur connu en Préhistoire et celle de Directeur d’un Centre de recherche en Anthropologie et en Ethnographie, M. Slimane HACHI assume avec beaucoup de maîtrise le développement et l’épanouissement des deux matières scientifiques qui, dans toute société, détiennent les éléments constitutifs à la fois de l’Identité et de l’Imaginaire. De surcroît, elles fondent et restaurent la continuité historique en tout temps et en tout lieu : je veux dire celle que produit « l’Homme » toujours régénéré, de ses origines à sa fin.

Ce n’est peut-être pas un hasard si l’Algérie a aujourd’hui une remarquable génération de préhistoriens engagés à retrouver et à refonder la continuité historique de leur pays et en même temps une génération impressionnante d’anthropologues et d’ethnologues engagés dans la redécouverte et dans la valorisation de son extraordinaire diversité culturelle.

J’adresse enfin tous mes remerciements à l’Ambassadeur de France, M. Xavier DRIENCOURT et à son équipe : M. Joël LASCAUX, conseiller culturel et M. Louis-Xavier THIRODE, deuxième conseiller. Ils ont mobilisé les services de la Valise diplomatique et ont montré constamment une très grande disponibilité pour réussir la rencontre d’aujourd’hui. Il est d’autant plus important de le souligner qu’il est à tout moment apparu que leur soutien « allait de soi », ce qui nous a tous beaucoup aidés et nous aidera pour la suite du projet.
Cet apport à la connaissance du patrimoine ethno-musical algérien issu du Désert, du Grand Sud, varié dans sa culture comme de son milieu et de ses paysages, arrive d’une manière opportune et appelle à une suite, peut-être dans la réalisation d’un document filmé à caractère pédagogique qui montrera comment les documents ont été recueillis en leur temps et leur inestimable valeur actuelle.

En conclusion, et tout particulièrement au moment où émerge et se développe partout la notion de patrimoine immatériel, l’important est de prendre acte de ce que l’approche anthropologique des questions de société, de culture et de leur respect mutuel a acquis un rôle décisif quelles que soient les sociétés abordées et quelle que soit leur « Histoire » au sens chronologique du terme.

Enfin permettez-moi de vous rappeler la conclusion de Maurice GODELIER, le grand anthropologue français, dans son discours de récipiendaire de la médaille d’or du CNRS en 2001 :
« Vous comprendrez pourquoi je suis convaincu que l’Anthropologie aujourd’hui n’est pas en crise et qu’elle n’est plus indissolublement liée à l’Occident, sa terre natale.
« Elle est devenue capable d’appliquer à l’Occident les méthodes inventées pour comprendre d’autres Cultures.
« Une Anthropologie de l’Etat, des entreprises, des partis, des Eglises, commence à exister et a l’avenir devant elle. »

Je vous remercie. « 

Raoul WEEXSTEEN

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